Le vrai champion du monde

Les deux localités se situent à « l’Orient », l’une faisant partie du Proche-Orient, l’autre du Moyen-Orient. En ce mois de décembre, les deux attirent notre intérêt, mais pas pour les mêmes raisons.
Un peu plus de 2.000 km séparent l’une de l’autre. La première est Doha, la capitale du Qatar, où a lieu actuellement le Mondial du football, l’autre est Bethléem, ville palestinienne située en Cisjordanie à environ 10 km au sud de Jérusalem.

Malgré la proximité géographique, on peut parler de deux mondes très diffé rents. Comme moi, vous avez peut-être été horrifiés par les circonstances dans lesquelles est organisé ce tournoi entre les meilleurs équipes footballis tiques du monde. On a dépensé des milliards d’euros pour construire des
stades climatisés au milieu du désert. Certains seront d’ailleurs démontés après les festivités. Les ouvriers qui les ont construits ont dû travailler dans des conditions inhumaines, comme des esclaves modernes ; beaucoup y ont laissé leur vie.


Faut-il encore rappeler que les gouvernants de ce petit émirat du Moyen Orient ne se soucient pas vraiment des droits de l’homme (et encore moins de la femme) ? Un scandale suit l’autre. Le président actuel de la FIFA, Gianni Infantino, ne cesse de répéter que dans cet événement sportif, il n’y a pas de
place pour des prises de position politiques. Il oublie que l’attribution même du Mondial au Qatar en 2010 était déjà une affirmation politique, démontrant par là que l’argent a bien plus de pouvoir que le respect de droits élémen taires des humains.


En contraste avec ce visage effrayant du néocapitalisme qui avale aussi le do maine du sport de haut niveau, nous accueillerons bientôt un autre visage, celui d’un petit enfant. Il est né dans une petite ville où, selon la tradition, se rait né aussi le roi David, Bethléem. Sa naissance dans une crèche, loin du luxe du palais de Jérusalem où vit le roi Hérode, est déjà l’annonce du choix fondamental que le Jésus adulte fera déli bérément: celui de la pauvreté, de la simplicité. Dieu se manifeste au monde non pas sous les projecteurs et via des retransmissions mondiales, mais dans la discrétion de la nuit, en s’annonçant à quelques bergers qui gardent leurs brebis.

Nous célébrerons Noël une semaine après la finale du Mondial. Qui sera le champion du monde ? Sera-ce l’Argentine, ou une équipe européenne, peut -être la Belgique ? Personnellement, cette fois-ci, cela ne m’intéresse pas trop. Je sais qui est le vrai champion qui remportera la victoire définitive le jour de Pâques.


Cette année, le contraste entre ce tournoi hivernal au Qatar et la fête de la Nativité nous rappelle que, nous aussi, nous avons des choix à faire. Obéirons-nous au dictat de l’argent qui semble avoir oublié les exigences d’humanité, d’égalité et de rencontre ami cale ? Ou bien nous laisserons-nous toucher
par le sourire de l’enfant de Marie ? Le pro phète Isaïe l’appelle « Emmanuel », Dieu avec nous. Non, notre monde n’est pas con damné à obéir à la volonté des plus riches et des plus puissants. En ce temps de l’Avent, nous exprimerons notre attente d’un monde différent, où il y a de la place pour l’amour, le respect des diffé rences et l’accueil des plus petits. Isaïe donne aussi à celui qui doit venir le nom de « Prince-de-la-Paix ». « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la Terre aux hommes qu’Il aime », chantent les anges qui se manifestent aux bergers. En cette période de guerre en Europe (et ailleurs aussi, ne l’oublions pas !), Noël prendra tout son sens de fête de la paix. Peut-être n’y aura-t-il pas encore d’armistice entre la Russie et l’Ukraine, mais la vraie paix commence là où des hommes
et des femmes se rencontrent en se respectant, en se parlant avec bienveil lance, en s’écoutant et en avançant ensemble dans la construction d’un monde meilleur. Voilà quelque chose qui est en notre pouvoir : reconnaître l’amour de Dieu qui s’est fait chair au milieu de nous et tenter d’imiter cet
Amour dans toutes nos relations.


C’est donc mon invitation et mon souhait pour chacun de vous en ce temps de préparation à Noël. Il n’est pas interdit de regarder la finale du Mondial (surtout si l’équipe belge y est arrivée !), mais je vous invite aussi à venir fê ter dès maintenant Celui qui est réellement champion toute catégorie : le
Christ au milieu de nous !

Ralph Schmeder, votre curé