La résurrection, au-delà ou à travers nos samedis saints

Echo de la conférence de Caroline Werbrouck

Mariée et mère de famille, Caroline W. est théologienne et aumônière. Elle assume de nombreuses responsabilités dans la pastorale hospitalière. Elle est notamment déléguée épiscopale du Vicariat de la santé.

Frapper à la porte d’une chambre d’hôpital, c’est toujours découvrir un monde en soi, avec toutes ses représentations, différentes pour chacun, de Dieu, de la Vierge Marie, de la résurrection. L’hôpital est un lieu où les questions existentielles philosophiques et spirituelles peuvent se poser. Et ces questions sur le sens de la vie, de la mort, de la souffrance s’incarnent dans le quotidien. C’est un temps où les doutes peuvent apparaître, avec leur lot de révolte, d’agressivité ou au contraire une envie de faire bonne figure pour protéger l’entourage et donner l’impression qu’on traverse tout avec foi et courage.
La présence d’un tiers au cœur de ces difficultés est parfois l’occasion d’initier un échange, de faciliter l’expression de non-dits, de déculpabiliser, et même de déplier une parole de foi. Mais tenter de répondre à tout prix aux interpellations est une entreprise vouée à l’échec. Car le christianisme n’apporte pas de réponse à la souffrance et à la mort ; en fait, il propose un accompagnement. Le Christ ne sauve pas de la mort, mais sauve dans la mort. Notre Dieu s’est exposé au tragique, il est passé luimême par la mort, et au cœur de la souffrance, il a aussi connu le doute (« Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ? »). Nous venons de fêter la résurrection du Seigneur… Dans notre enthousiasme à annoncer un Christ triomphant, nous avons parfois tendance à oublier le samedi saint, jour du vide, du silence de l’homme et de Dieu. Or, accepter l’impuissance, c’est attendre avec confiance le matin de Pâques.
Ne pas déserter le lieu de la mort
Pour la personne qui va mourir ou pour celle qui traverse un deuil, entendre parler trop vite de résurrection peut être vécu avec violence. Dans ces circonstances, asséner des paroles de foi en recherchant un résultat est la moins bonne option. Le samedi saint nous dit qu’il faut accepter de marcher sur la corde raide pour traverser ensemble l’opacité de la souffrance. Toute la Bible nous montre comment notre Dieu accompagne son peuple, comment son attitude de sollicitude et de patience permet de traverser – et non pas d’enjamber – le tragique. Pas de raccourci théologique, pas de témoignage triomphant qui écrase l’autre, le culpabilise ou le fait se sentir incompétent. Il s’agit plutôt de prêter une oreille et une épaule secourables, de laisser couler les larmes, ne pas vouloir aller plus loin que ce que la personne a à dire, et accueillir avec délicatesse la tristesse, la révolte, la peur. C’est un chemin qui prend son temps. Parfois, le silence suffit, s’il est habité. On peut aussi prier ensemble si la personne le demande. L’important est de ne pas fuir, l’important est d’être là, en toute humilité.

Propos recueillis par Isabelle Gervasi-Perrier, au Centre Pastoral, le 14/03/2018